Bastak
L'échantillonnage et la mesure, Dağyaka, Kahramankazan, Ankara, Turquie.
L'histoire
Bastak Teknoloji Sistemleri est installée à Dağyaka, une zone industrielle de Kahramankazan, au nord d'Ankara. La maison ne publie aucune date de fondation. Ses propres pages donnent trois durées différentes, vingt-quatre ans, vingt-cinq ans et vingt-six ans, ce qui place le départ entre 2000 et 2002. Son métier n'a jamais été de cuire le grain, mais de le mesurer. Elle fabrique les appareils de contrôle des minoteries et des usines d'aliment du bétail : indice de chute, gluten, humidité, cendres, sédimentation. L'indice de chute mesure le temps qu'une tige met à traverser un empois de farine chaude. Ce temps dit si le grain a germé sur pied, car un grain germé liquéfie l'empois et rend la farine impanifiable. Elle produit aussi des trousses de dosage des mycotoxines, ces moisissures toxiques qui se développent dans un grain mal séché. Son catalogue compte soixante-douze appareils de contrôle et trente-cinq additifs pour farine, pain et pâtes. Fabriquer des ingrédients alimentaires impose une certification de sécurité sanitaire, et la maison affiche la FSSC 22000. Elle couvre enfin le prélèvement, en amont de l'analyse, pour une raison simple : une mesure juste faite sur un mauvais échantillon ne vaut rien. Elle revendique 265 salariés, dont 195 ingénieurs, sur 10 000 mètres carrés dont 7 000 couverts.
Ce qu'elle fabrique
Bastak ne construit aucun torréfacteur. Aucune de ses machines ne chauffe le grain pour le cuire, ni par conduction, ni par convection. Ce qu'elle fabrique se tient entièrement en amont. D'abord l'échantillonneur au sens strict, c'est-à-dire l'outil creux qui va chercher la matière dans la masse. Ensuite le diviseur, qui réduit ce prélèvement à une quantité analysable sans en changer la composition. Sa sonde de série 10000 ne travaille pas à la main mais par dépression. Un tube descend dans le chargement et une pompe aspire le grain le long d'une hélice interne. Le constructeur présente ce système de vide et de soufflage comme breveté. L'intérêt tient en un mot, la profondeur. La sonde prélève à n'importe quel niveau du chargement, et non seulement en surface. Le bras qui porte le tube est hydraulique, mû par des vérins annoncés à deux tonnes, et se pilote à distance. Le diviseur 13000 ne consomme aucune énergie : il travaille à la seule gravité. L'échantillon tombe dans trente-huit canaux qui l'envoient alternativement à droite et à gauche. Le partage se fait donc sans que personne ait à choisir une poignée.
Les modèles
La question de la capacité par fournée ne se pose pas ici : aucun modèle ne torréfie quoi que ce soit. La gamme de prélèvement compte six sondes. La 10000 équipe une réception de camions ou de silo. La 10100 offre une portée allongée. La 10200 est le modèle entièrement automatique, annoncé pour les camions et les navires. La 10350 prélève l'engrais, la 10400 le charbon, selon la norme turque TS 2390. La 10500 est la sonde portative, pour les sites où aucune installation fixe n'est possible. Elle aspire elle aussi, par des tubes d'aluminium, et le constructeur la destine à la noisette autant qu'au blé. Pour la 10000, le constructeur annonce une rotation réglable de 180 à 360 degrés et une portée d'environ 9,7 mètres. Il annonce un prélèvement en 2 à 6 secondes, six points en 40 secondes, et une commande à distance jusqu'à 40 mètres. Ces mêmes chiffres figurent mot pour mot sur les pages de la 10350 et de la 10400. Le diviseur de table 13000 sépare l'échantillon en deux moitiés par ses trente-huit canaux de cuivre et de laiton. La justesse annoncée est de plus ou moins 1 pour cent sur 1 000 grammes. La maison annonce plus de neuf cents sondes en service dans le monde.
Ce qu'on y gagne
Le gain est mesurable, et il se joue entièrement avant l'analyse. Le constructeur relève qu'une sonde tenue à la main ne descend qu'à 30 ou 50 centimètres. Or les brisures, les poussières et les corps étrangers, plus fins ou plus denses, descendent vers le fond pendant le transport. Les vibrations de la route suffisent à opérer ce tri. Un prélèvement de surface sous-estime donc le défaut de façon systématique, et non au hasard. L'erreur va toujours dans le même sens, en faveur du vendeur, puisque ce qui reste au fond est précisément ce qui déclasse le lot. Aspirer sur toute la hauteur, en six points et quarante secondes, supprime ce biais. Le diviseur gravitaire poursuit la même logique en aval : trente-huit canaux alternés partagent le lot sans que l'opérateur ait à choisir une poignée.
Ce qu'on y perd
Rien de tout cela ne se transpose à une table de dégustation. La sonde 10000 est une installation fixe de réception, avec un mât, des vérins de deux tonnes et une télécommande. Elle prélève un camion, pas un sac de soixante kilos. Le diviseur gravitaire, lui, dépend d'un produit qui coule librement. Une matière humide, grasse ou collante fait voûte dans les canaux, et le partage cesse alors d'être égal. Le cuivre et le laiton résistent à la corrosion mais restent des métaux tendres. Une arête de canal déformée par un choc fausse durablement la répartition, et rien ne le signale à l'opérateur. Enfin la justesse annoncée vaut pour 1 000 grammes et ne se reporte pas telle quelle sur un échantillon dix fois plus petit. Moins il reste de grains à partager, plus le hasard du partage pèse dans le résultat.