A. J. Deer Co. (gamme Royal)
Les tambours de production, Buffalo puis Hornell, État de New York, États-Unis.
L'histoire
La maison naît du moulin, pas du torréfacteur. En 1905, à Buffalo, elle vend ses moulins électriques Royal directement aux détaillants, à tempérament, c'est-à-dire payables par traites étalées. Jusque-là, un moulin de boutique passait par un grossiste en quincaillerie. Ukers écrit en 1922 que cette vente directe a bouleversé l'usage. La raison est simple. L'épicier qui ne pouvait pas payer comptant s'équipait enfin. Ce choix commercial a laissé sa trace dans l'organigramme. Levi G. Robbins passe quinze ans dans la maison comme chef de publicité, chef du recouvrement, puis directeur des ventes et vice-président. Une firme qui vend à crédit a besoin de quelqu'un pour encaisser les traites. Elle n'invente pas son torréfacteur, elle l'achète. Joseph C. Prims, de Battle Creek dans le Michigan, fait breveter en 1908 un cylindre cannelé qu'il cède à sa propre J. C. Prims Machinery Company. A. J. Deer reprend la machine en 1909 et la relance sous le nom de Royal. Prims s'installe ensuite à Hornell, où la maison est établie au plus tard en mars 1910. Il continue d'y breveter pour elle, du perfectionnement de 1915 aux trancheuses des années vingt. L'atelier ne vit pas du café seul. Quatre brevets de trancheuse lui sont délivrés entre janvier 1922 et janvier 1923, signés de trois hommes différents. La maison tourne aussi des films publicitaires, et Ukers la range parmi les premières du café à s'y être mise. Elle ne survit pas à la Grande Dépression. En 1935, un recueil biographique du comté de Steuben présente la Royal Electric Fixture Corporation comme la remplaçante de la A. J. Deer Co. Robbins la préside alors.
Ce qu'elle fabrique
Torréfacteurs de boutique à tambour horizontal, chauffés au gaz ou au charbon, destinés au détaillant qui grille lui-même. Le brevet Prims de 1908 décrit un cylindre en tôle, et non en fonte. Ses cannelures, c'est-à-dire ses ondulations en creux et en bosses, sont disposées en spirale. Des palettes convoyeuses se fixent en séries chevauchantes le long de leurs arêtes. D'autres palettes, en spirale elles aussi, sont montées à l'intérieur des premières. Cette géométrie ne se contente pas de retourner le grain. Elle le pousse le long du cylindre. Le grain circule donc au lieu de glisser en tapis contre la même tôle. Le second brevet, obtenu en 1915 et cédé à la maison, ne touche pas au tambour. Il porte sur l'air. Une seule turbine dessert trois conduits, et une vanne rotative n'en raccorde qu'un à la fois en fermant les autres. Sur un meuble de comptoir, la place et le prix n'autorisent qu'un ventilateur. Ukers écrit d'ailleurs qu'en 1922 les machines de détail refroidissent par aspiration, dans un bac accolé au torréfacteur. La maison ne vivait pas du torréfacteur seul. Elle construisait dans le même atelier des moulins électriques et des trancheuses, tous vendus sous la marque Royal. Elle a aussi fourni des torréfacteurs à arachides. Un exemplaire recensé dans un guide de brocante porte la marque de la Planter's Nut and Chocolate Company. Il a un tambour de cuivre sur bâti de fonte.
Les modèles
La spécification d'époque se lit chez Ukers. Le brevet Prims y vise une machine de détail de 50 à 130 livres, soit 23 à 59 kg. Ukers situe par ailleurs les torréfacteurs de détail de son temps entre 10 et 300 livres, soit 4,5 à 136 kg. Ils se vendaient de 300 à 1 500 dollars selon la taille. Il compte huit cents de gaz par cent livres torréfiées, et dix cents si la force motrice est électrique. Une fournée demandait environ une demi-heure. La gamme Royal elle-même est numérotée, et plus rien n'en est construit depuis la disparition de la maison. Les capacités ci-dessous viennent de machines restaurées et remises en vente par un courtier américain, pas d'un catalogue d'époque. Royal n° 1 : environ 4,5 kg par fournée, soit 10 livres, fonte ornée, donné pour le café comme pour l'arachide. Royal n° 4 : environ 7 kg, soit 15 livres, exemplaires datés par le vendeur des environs de 1911 à 1914. Royal n° 5 : environ 9 kg, soit 20 livres. Royal n° 6 : environ 30 kg, soit 66 livres. Ces quatre chiffres ne recoupent pas les 50 à 130 livres du brevet. Voir la zone d'ombre. En septembre 2026, ce même courtier demandait de 10 000 à 15 000 dollars pour un Royal restauré.
Ce qu'on y gagne
La chauffe est directe : la flamme travaille sous le tambour, sans échangeur intermédiaire pour amortir le feu. La réponse est donc immédiate, et une montée se corrige en quelques secondes. Ukers décrit le geste correspondant. Quand le grain se met à crépiter, on baisse la flamme pour que la chaleur gagne le cœur du grain sans brûler la surface. En fin de course, on l'éteint presque. Les cannelures en spirale et leurs palettes poussent la charge le long du cylindre. Aucune face du grain ne reste donc plaquée contre le même point de tôle chaude. La turbine unique et sa vanne rotative évitent d'installer un ventilateur par fonction. C'est ce qui permet de tenir plusieurs opérations dans un seul bâti de comptoir. La mécanique reste simple, et c'est pourquoi ces machines repartent un siècle plus tard, une fois équipées de vannes gaz modernes et d'une sonde reliée à Cropster ou Artisan.
Ce qu'on y perd
La flamme nue brûle la surface du grain si la charge est trop faible ou la montée trop vive. Rien ne recycle l'air. Ukers pose en 1922 ce rejet comme la vraie limite de la torréfaction en boutique. La vapeur, la fumée et la pellicule doivent partir dehors sans gêner le voisinage ni créer un risque d'incendie. C'est ce qui empêchait alors le détaillant de s'équiper en torréfacteur aussi facilement qu'en moulin ou en trancheuse. Une réglementation urbaine moderne l'accepte encore moins, faute de post-combustion, c'est-à-dire d'un second brûleur qui rebrûle les fumées. La conduite est entièrement manuelle. Il n'y a pas de sonde de température. L'opérateur prélève au trier, la cuillère creuse qui ramène quelques grains hors du tambour, et compare la couleur à un échantillon type. C'est bien pour cela que les restaurateurs y greffent un régulateur PID. Une fournée demandant environ une demi-heure, le débit reste faible. Enfin le constructeur est mort dans les années trente. Pas de pièce détachée d'origine, pas de service technique, et le courtier signale lui-même qu'aucune notice n'accompagne les machines qu'il vend.